En amitié, on partage tout… même les gènes !

Ce lien fort qui unit deux êtres, l’amitié, ne se créerait pas par hasard. Selon une étude américaine, les amis possèderaient une complémentarité de gènes, permettant la formation d’une sorte de métagénome, qui conférerait un environnement protecteur.

Des amis au sein d’un groupe partageraient bien plus de choses que simplement du temps, des activités ou une façon de s’habiller. Selon une étude parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), la ressemblance irait même… jusqu’aux gènes !

En effet, beaucoup d’études tendent à montrer que les individus auraient tendance à s’associer à des personnes qui leur ressemblent, selon un processus baptisé « homophilie » et opposé au terme « hétérophilie ». Des études qui confirment donc le vieil adage disant « qui se ressemble s’assemble ».

Mais la ressemblance est-elle une cause ou une conséquence de l’amitié ? En d’autres termes, est-ce que l’Homme s’adapte sous l’influence sociale pour rentrer dans un moule, ou bien l’individu est-il de façon innée plus proche d’un groupe social que d’un autre ?

Ce processus qui s’observe au niveau phénotypique (l’apparence extérieure), n’a jamais été étudié au niveau génotypique (l’ADN) dans des relations d’amitié. Pourtant, selon les faits observés, il y a fort à parier que les amis partagent des mêmes gènes. En effet, selon les auteurs, il existe quatre processus de sélection qui entraîneraient les personnes d’un même réseau social à partager les mêmes caractéristiques génotypiques.

Les processus de sélection génotypique

Le premier serait expliqué par la mobilité géographique des individus. Même si cela est nettement moins vrai aujourd’hui, l’Homme a tendance à rester et donc à se reproduire dans un périmètre géographique restreint, tout comme ses voisins, ce qui conduit à un brassage limité des gènes dans un groupe donné.

Deuxièmement, le génotype d’un individu pourrait, dès le départ, favoriser son attirance pour une personne dont le génotype est proche, même sans en avoir conscience. Un exemple concret est celui du gène FTO, associé à l’obésité. Des personnes possédant un poids corporel normal pourraient choisir de fréquenter des personnes ayant également un poids normal, une pratique qui ne favorise pas l’apparition de l’allèle FTO dans le groupe.

Troisièmement, les rencontres se font souvent dans des lieux que les personnes aiment fréquenter. Mais le fait d’aimer fréquenter de tels lieux (par exemple les salles de sport) pourrait lui-même être inscrit dans les gènes (prédisposition au sport). Et quatrièmement, les individus partageant les mêmes intérêts et les mêmes facultés intellectuelles se retrouvent dans des lieux communs (universités…) et peuvent donc y créer des amitiés.

Homo et hétérophilie selon le gène

Pour vérifier ces hypothèses, des données concernant plus de 5.000 personnes, issues de deux études, le National Longitudinal Study of Adolescent Health (Add Health) et le Framingham Heart Study Social Network (FHS-Net), ont permis de s’intéresser au polymorphisme (les SNP) de six gènes, provenant de personnes se déclarant, ou non, comme amis.

D’après les statistiques, les gènes étudiés ne sont pas distribués au hasard au sein d’un groupe d’ami. Ainsi, le gène codant pour le récepteur de la dopamine (DRD2) est conservé parmi des personnes qui se fréquentent (le même SNP est retrouvé), alors que le gène codant pour un cytochrome (CYP2A6) est au contraire significativement variable.

Dans des travaux précédents, ces deux gènes avaient été respectivement associés à l’alcoolisme et à la franchise, des génotypes qui peuvent alors avoir une influence directe sur le comportement. Cette nouvelle étude suggère alors qu’il existe une homophilie au sein d’un groupe pour certains traits de caractère, alors que pour d’autres traits l’hétérophilie est privilégiée.

Amitié ou amour : la biologie contrôle tout

Chez les couples, il existerait une attirance plus forte entre les personnes possédant des systèmes HLA (impliqués dans l’immunité) très différents, certainement pour optimiser les chances de faire des enfants résistants. Si les gènes façonnent également nos amitiés, il doit y avoir une raison biologique similaire, que les auteurs se permettent de supposer.

Les Hommes seraient « métagénomiques », dans la mesure où ils partageraient des gènes pour se protéger l’un l’autre, à l’image du métagénome que chacun partage déjà avec les bactéries symbiotiques présentes dans nos intestins. Ce métagénome interhumain pourrait par exemple permettre d’éviter des infections grâce à la particularité de certains individus à leur résister.

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